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We had the same dream last night

15 janvier 20264 avril 2026

Artiste :
Emilie Pitoiset

 

L’exposition We had the same dream last night réactive des œuvres antérieures dans une absence volontaire de chronologie. Les œuvres glissent, se répètent, sont reprises. Elle réunit pour la première fois des pièces produites entre 2008 et 2026, chacune avec ses titres et ses histoires propres, mais toutes corrélées à des principes communs ou participant d’une même grammaire : l’hyper-performance, l’épuisement, l’absence. Ensemble, elles interrogent la manière dont le regard est façonné par des valeurs normatives et la difficulté d’inventer d’autres systèmes. Émilie Pitoiset ouvre ainsi des espaces de fiction que chacun·e peut réagencer. 

Le titre We had the same dream last night constitue une amorce de narration amenant de multiples interprétations en renvoyant à une action impossible : avoir fait le même rêve. On peut rêver ensemble à quelque chose, envisager un avenir commun, mais cela relève du champ symbolique, et non physique. Cette impossibilité implique déjà une manœuvre ou une forme d’illusion. Quelque chose s’enraye ou déraille de l’intérieur, mais de manière douce, voire littéraire. Le titre condense ainsi plusieurs questionnements de l’artiste autour de la dissociation, la tension entre l’intime et le spectral, entre l’endormissement et l’alerte, entre l’exposition et l’effacement.

Ce « We », ce « Nous » suggère une expérience mentale partagée. Le travail s’attache à ouvrir des points d’entrée plutôt qu’à formuler des réponses univoques, souvent ancrées dans des récits collectifs. Les questions politiques, sociales et économiques sous-tendent la majorité des projets, mais elles sont abordées depuis une position artistique, et non documentaire ou sociologique. L’attention se porte sur des périodes marquées par des crises, lorsque les événements extérieurs finissent par mettre le corps à l’épreuve. Penser un corps qui résiste, qui tente de faire autrement, pour interroger la manière dont il se positionne dans des situations instables, parfois même dangereuses.

L’exposition a été conçue avec une forte dimension sculpturale qui fait tomber les cadres, au sens littéral comme symbolique. La mollesse y occupe une place centrale dans un rapport dialectique avec le dur, le solide et l’érigé. Pour l’éprouver, il a fallu travailler des éléments qui se tendent, qui créent une tension. Un vacillement apparaît notamment dans le film So Much Tenderness (2026), nourri par les réflexions de la philosophe Sianne Ngai autour de la notion de « cute ». Des formes d’existence apparemment mignonnes pouvant fonctionner comme des pansements recouvrant des réalités plus grinçantes.

Le travail est également habité de personnages ou de fantômes, de corps disparus ou inactifs, dont l’artiste vient marquer le dernier point d’appui, l’endroit où ils ne tiennent qu’à un fil. Ces recherches l’ont conduite à s’intéresser au sommeil, ce moment où l’on cesse de porter son propre poids, où le corps cesse d’être actif, ne participe plus à l’effort capitaliste et oppose une forme de résistance par son improductivité même.

L’exposition convoque des formes narratives spectrales, des ritournelles et des montages mentaux qui peuvent évoquer le « déjà-vu » chez David Lynch ou l’esthétique du fragment chez Godard. Les mots constituent une matière à part entière, avec une attention particulière portée aux ruptures et à la figure du ou de la narrateur·rice, marquée par l’œuvre d’Alain RobbeGrillet. Cette impression de « déjàvu » participe d’un sentiment d’étrangeté proche de ce que Mark Fisher qualifie d’eerie2, une chose identifiable sans que l’on sache précisément pourquoi, familière mais difficile à saisir. À l’image de ce rêve commun évoqué dans le titre, qui brouille les frontières entre l’individuel et le collectif, entre le familier et l’étrange. Le décalage sensoriel et identitaire qui en résulte perturbe notre capacité d’agir tout en faisant émerger une infrastructure collective invisible, capable de façonner les récits, les affects et les corps.

 

AUTOUR DE L’EXPOSITION


Mercredi 14 janvier, 18h-21h30 : 

Vernissage de l’exposition 
En entrée libre

Lundi 26 janvier, 14h30 :
Café découverte

Dimanche 15 février, 11h :
Café découverte

Mercredi 18 février, 15h :
Petit Parcours

Dimanche 15 mars, 11h :
Café découverte

Dimanche 29 mars, 15h-17h :
Atelier en famille

Pour plus de renseignements, rendez-vous dans la rubrique Événements
Événements gratuits, sur réservation obligatoire
maba@fondationdesartistes.fr
t : 01 48 71 90 07

 

DATES & HORAIRES :

Du 15 janvier au 4 avril 2026
13h à 18h du lundi au vendredi
12h à 18h le week-end
Fermée les mardis et les jours fériés
Entrée libre

Pour tous les groupes, scolaires ou demande de visites, rendez-vous dans la rubrique Publics.

Comment aller à la MABA ?

 

 

 

Emilie Pitoiset, So Much Tenderness, mascotte sur-mesure, 2025. Courtesy of the artist & Klemm’s, Berlin
Emilie Pitoiset, So Much Tenderness, mascotte sur-mesure, 2025. Courtesy of the artist & Klemm’s, Berlin

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Détails

Début :
15 janvier 2026
Fin :
4 avril 2026
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